15.4.09
6.4.09
3.4.09
30.3.09
Guide du Routard (co-rédigé avec S.Y.L.V.)
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J’élève mon enfant, nouvelle édition du Guide du moutard
Le scrapbooking en 10 leçons : le Guide du book art
Pour un pénis toujours plus soyeux : le Guide du doux dard
Où tirer un coup après le spectacle ? Vite ! Le Guide du trou tard
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26.3.09

Ecriveur blet écriture et lecture blanches degré zéro de l’écriture ça c’était du concept mon gars ça/c’était le bon du temps du temps où on attaquait la littérature à l’acide structurique où le moindre morceau annonciateur d’intrigue se disloquait rongé éclaté le temps où l’histoire la psychologie des personnages la biographie de l’écriveur étaient renvoyés à leur poubelle respective on en revenait sec et chauve fallait écrire autre écrire intransitif écrire la semiosis aligner du signe pour dessiner des sens infinis dé-signer/c’est pour ça que la question de l’argent du système monétaire de l’organe économique devenait cruciale qu’est-ce que l’argent si ce n’est un corpus infini de signifiants billets chèques pièces actions dénués de toute valeur en eux-mêmes et dont l’équivalent en or réel n’existe que potentiellement car un milliard c’est toujours potentiel ça existe au mieux en tant que mot et chiffres sur le chèque qu’on te tend ou que zéros après le un dans la colonne crédit de ton compte ce n’est rien ça n’est qu’objet de croyance de crédit on y croit bien fort croyez et multipliez mais donc l’argent aussi ne sert qu’à dé-signer et du coup rend pas mal de choses insignifiantes.wesh cousin l’argent pourrit les gens man/et d’ailleurs peut-on écrire quand on se soucie d’argent non ça fait conflit d’intérêt conflit d’interprétations conflit d’herméneutiques non il faut être vieux nabab ou vivre comme diogène dans un cas comme dans l’autre cultiver une indifférence dédaigneuse par rapport à ces questions de fric otium negotium l’activité lucrative n’est que la négation de l’otium cum libris t’as pas l’impression de réciter un cours là ? si par contre j’ai remarqué comme tout le monde que lorsqu’un écriveur est reçu par la télé pour y parler d’un livre où il est question d’UNE mère le journaleux ou le présentatif l’interroge sur SA mère voire sur sa MAMAN/oui on sait ça mais c’est en train de gagner du terrain à travers l’extension de la télé que constitue le social exemple votre maman elle vit encore ? réponse : oui c’est clair pas de souci mais la question est-elle celle d’une écriture visant tous les sens possibles plus un donc une infinité de sens ou bien dont chaque sens en nombre fini désignerait l’infini ce charabia me fait penser/c’est déjà ça/me fait penser que/dommage/me fait penser que tu as émis un éloge de buzzati comme clôture oui et ? ben c’est contradictoire non car c’est/parce qu’on dort qu’on rêve parce qu’on se finit à fond qu’on produit de l’infini et encore il faudrait déterminer en quelle mesure le rêve peut être décrit comme produit/c’est trop la honte qu’aucun mathématicien n’ait modélisé équationnellement le schéma de ce qu’on appelle une histoire finie en général une histoire qui semble finie bouclée peut se comprendre de plusieurs plus une manières.par exemple ? par exemple la vie est belle de capra si le héros est bien toujours vivant à la fin c’est un film déprimant d’optimisme si au contraire il n’est pas sauvé lors de son suicide alors la fin devient une vision cette dernière pouvant se voir soit comme une hallucination pre mortem sorte de near death experience soit comme une vision post mortem correspondant ou bien aux fantasmes conclusifs de rachat et autres produits par le personnage ou bien à la vie après la vie où tout le monde en fin de compte réalise dans l’infini la niaiserie contenue en chaque finitude etc etc pourtant ce film est vraiment bouclé plus c’est bouclé plus c’est infini comme buzzati cq/fd t’auras jamais ton deug ta licence ton master ton dea ton capes ton agreg parce que tu cherches à démontrer des thèses générales par des cas particuliers des exemples oui c’est le performatif de la thèse d’aujourd’hui et puis c’est toi qui m’a demandé un exemple/prise de tête.tu ne veux pas plutôt parler de ce que tu vois à l’instant même alors à l’instant même je vois l’échancrure de la rue de rennes des ombres en haut des immeubles un avocat déjà aperçu à la télé avec une stagiaire du patin à glace sur écran grand format la tronche bièreuse d’un client au comptoir du saint malo les lèvres de F dont j’ai eu envie d’embrasser la fraîcheur tout à l’heure elle est à paris avec toi ? non mais tu m’as demandé ce que je vois je te réponds je vois aussi la tête du mideulouane qui m’a réclamé hier soir des additions en colonne à effectuer histoire d’aligner de structurer de mettre de l’ordre de compter les retenues dans ce monumental mismatch parental qui lui tient lieu de référent familial depuis trois mois je vois la tête du liteulouane qui veut imiter le mideulouane et qui compte dip once douce treche castor je vois la tête du bigouane parlant de kant dans le métro/ouais mais ce que tu vois vraiment pas ce que tu imagines pas ce que tu te rappelles en images pas ce que tu fantasmes bon du calme.je vois les allées et venues devant un cinéma qui joue un chat un chat et duplicity deux films que j’aimerais bien aller reluquer avec du temps et de l’argent/un chat un chat duplicity ? oui comme par hasard ? oui duplicité c’est kif kif que simplicité question étymologie c’est une histoire de plis t’as déjà cité deleuze dans autolyse # 1 oui pardon simplex un seul pli duplex deux plis ou plus ou plusieurs ou plusieurs plus un c’est bien/dans le pli que deleuze cite la monade sans porte ni fenêtre à ce point close qu’elle contient tout ? ouais possible en tout cas c’est la différence entre la torsion de moebius et le pli de leibnitz ok c’est clair pas de souci ça fait pas un pli c’est plié
25.3.09
24.3.09
22.3.09
20.3.09
Autolyse # 1
Il venait de passer un sale quart d'heure.
L'avocat l'avait prévenu : dans ce genre de comparutions, tout se joue très vite et l'issue du procès peut se décider sur un simple regard, une manière de se comporter ou de se lever pour se présenter à la barre, plutôt que sur le contenu objectif des dossiers.
Il avait essayé de se maîtriser, non sans mal. A aucun moment la colère ne vint hacher le débit de ses paroles, aucune fébrilité ne troubla ses mouvements. Il avait presque de quoi se sentir fier, lui pour qui cet exercice de contrôle relevait du calvaire. C'en fut un, mais il en sortait victorieux.
A présent, attendre.
Il se sentait à la fois vidé, épuisé par l'effort fourni pendant l'audience, et comme visité par cette colère réprimée qui tentait maintenant de se glisser dans ses muscles, au bout de ses doigts, faisant légèrement trembler ses lèvres. Les allées et venues à travers la salle où il avait été guidé par un appariteur l'agaçait ; le sourire confiant lancé par l'avocat qui le laissait seul pour aller boire un café avec une de ses confrères, l'avait agacé ; la sentence, même à lui favorable, l'agacerait probablement. Et ce qui l'agaçait encore, c'était d'avoir dû se plier à cette procédure, d'avoir cautionné par sa présence ce cirque saturé de formalités, de phrases boursouflées et de connivences, alors que l'"affaire", au bout du compte, aurait pu se régler d'homme à homme, sans intermédiaires en robe et à bavette blanche.
Mais autre chose, par dessus tout, provoquait son agacement et, tout uniment, l'amusait : que l'"affaire" jugée, en ses formulations légales, ne traduisait que très imparfaitement les événements qui l'avaient amené ici. On lui imposait donc d'attendre, dans cette salle agitée d'un incessant remue-ménage de policiers, d'huissiers, de messieurs-mesdames les juges et de maîtres en grand apparat, l'énoncé d'une sentence qui, quelle qu'elle fût, ne correspondrait pas à la réalité ; de justice, il ne pouvait être question dans ce cas puisque entre les faits et leur récit par les hommes de Loi, il y avait discordance. Ne se considérant pas pour autant comme un menteur par omission, il se sentait victime d'une injustice plus fondamentale que l'erreur judiciaire.
L'avocat l'avait prévenu : mieux valait passer pour un fou que de mettre un doigt dans cette histoire avec laquelle, au bout du compte, il n'avait rien à voir.
*****
Brian l'avait appelé un dimanche soir ; l'anglais avait la mélancolie coutumière, les veilles de semaine. Mais ce dimanche, cela semblait plus sérieux que les accès de déprime habituels. Ils convinrent de se retrouver dans un café jouxtant la gare Saint-Lazare.
Brian arriva presque à l'heure, le teint livide et la démarche lente. Son regard était marqué d'une détermination absente, comme déjà fixée sur un objet qu'il discernait dans un futur très proche.
- Gabriel, je ne sais plus.
- Quoi ?
- Je ne sais plus comment continuer, tu vois. C'est dans ma nature de me poser ces questions, tu me connais, mais je crois que la vie m'a donné une réponse. C'est plus possible, Gabriel.
- Tu vas partir ? laisser Béa et les enfants ?
- Non, je vais arrêter.
- Tu as raison, ce travail t'épuise et...
- Je vais m'arrêter, Gaby, définitivement.
C'était la première fois que Gabriel se retrouvait confident d'un projet de suicide.
- J'imagine que ça ne sert à rien de...
- A rien. Merci, Gab.
Ils avaient déjà, par le passé, abordé le sujet, d'abord sur un plan théorique et général, puis en le centrant davantage sur le cas de Brian, et aboutissaient alors invariablement à la conclusion que la décision de se supprimer était pour ce dernier impossible à prendre : cela reviendrait à emporter l'immonde sentiment de faute - faute d'imposer son geste, et les conséquences, à Béa et aux petits - dans la tombe ; ajouter à la douleur physique inévitable du trépas, celle de la culpabilité ; figer celle-ci dans l'instant fatal, se statufier pour l'éternité comme coupable - et accessoirement, rendre du même coup ses proches coupables eux aussi...
Cette annonce de vouloir "s'arrêter" n'en surprenait que plus Gabriel, qui estimait que son ami utiliserait la déduction et l'analyse rationnelles comme dernier rempart contre les assauts de Thanatos : il faut bien que l'instinct de vie s'exprime d'une manière ou d'une autre, et jusqu'à ce soir, cela paraissait avoir fonctionné ainsi pour Brian.
- Tu vois, ce que je pourrais espérer de mieux, ce serait de mourir dans un accident ou un attentat.
- Tu me l'as déjà dit, souvent...
- Oui, mais c'est comme si, tu vois, je savais que ça allait arriver ce soir. Oui, je sens que je ne vais pas arriver vivant au bureau, que les cachets dans mon tiroir à verrou ne serviront à rien. Je crois que je vais y passer avant.
- Ecoute, ça me fait chier, Gabriel, de te dire ça comme ça. Je sais que tu aurais préféré un peu plus de solennel...
- Tu as réglé les reliquats ?
- Sorry ?
- Je veux dire, pour Béa, tu as pensé à l'administratif ?
- Oui c'est fait. Et j'ai fermé tous les comptes vendredi, elle a l'argent à portée de main. Dans le tiroir à verrou. Et puis j'ai demandé à faire don de mon corps à la médecine, ils se chargent de tout, crémation et mise en urne, ça m'aurait fait chier d'engraisser les pompes funèbres.
Il parlait avec détachement, sa détermination semblait si forte qu'il pouvait évoquer ces détails sordides dans une sorte de froideur - ça ne le concernait déjà plus, il ne vivait plus que par son "projet" de mort.
- Je reprends une bière.
- Je t'accompagne.
- Tu te souviens, Les Copains ?
- Ah oui, Romain... "Que dirais-tu d'une autre bouteille de ce vin ?"
- "Je t'en dirais le goût."
Ils commandèrent deux autres bières et burent silencieusement. Puis rirent encore de Jules Romain. Evoquèrent Deleuze, dans L'Abécédaire, "Ce que recherche l'alcoolique en buvant, c'est le dernier verre". Dans quelques heures, Brian allait quitter le monde clos, ouaté, chamarré, des bons mots et des paradoxes ; il n'en semblait guère attristé, tout se passait finalement de manière si "naturelle"...
Gabriel avait quand même tenu à l'accompagner jusqu'à la rame de métro, juste pour voir, entendre les portes automatiques se refermer entre eux. Ils n'avaient rien dit en descendant les marches, pas plus en traversant la salle donnant sur les différentes lignes, pas plus en franchissant le tourniquet. Pour tenir compagnie à Brian, Gabriel prendrait l'escalier de gauche puis, une fois le métro parti, le remonterait pour accéder au passage desservant l'accès à la direction opposée.
La rame était retenue à quai, suite à un malaise de voyageur quelques stations auparavant. L'immobilisation ne dura qu'une minute, mais ayant embrassé Brian - sur une seule joue - et alors qu'il se redressait, il vit la valise.
Ce n'était pas une valise très remarquable, mais un de ces bagages qu'on dégote à des prix très bas, et d'une solidité à l'avenant, chez nombre de revendeurs peu regardants sur la qualité de leur produits. Bleue, avec des bandes grises et de grosses lettres blanches. Deux poignée - portage horizontal ou vertical. Verrouillage codé, poche à soufflet rétractable, roulettes. Le verrouillage avait été renforcé par un cadenas qui bloquait les fermetures-éclair. Rien de très notable, dans cette valise - mais elle était posée là, à côté d'un strapontin replié, couvée du regard par le voyageur assis face à elle. Un homme lui aussi banal, la quarantaine, barbu, recouvert d'un ample vêtement sombre, chaussettes blanches et tennis. Deux détails happèrent, l'espace de quelques secondes, l'attention de Gabriel : ses mains, son regard. Mains qui se tordaient l'une l'autre et qu'on devinait moites ; regard fixe et dénué d'expression qui, contrairement à ce qu'il lui avait semblé, ne visait pas la valise mais un point situé juste au-dessus : une femme très pâle dont le visage se teintait d'un masque de grossesse disgracieux. Les lèvres de l'homme remuaient imperceptiblement.
Gabriel le quitta des yeux, et se tourna à nouveau vers son ami.
- Ne dis rien.
Dans la voix de Brian, un ordre, une supplique, un constat - interrompu par le couinement acide annonçant la fermeture des portes. Gabriel marcha à reculons, et se retrouva sur le quai ; les portes masquaient à présent la valise.
Un regret lui traversa alors l'esprit - avoir laissé le spectacle d'un barbu revenant de la Mecque et confit en dévotions muettes troubler les derniers instants qu'il passait avec l'Anglais. Mais quand le métro s'ébranla, il reprit conscience.
*****
L'alternative lui apparaissait dans toute sa simplicité : ou bien l'inconnu à la valise était effectivement un voyageur anodin, et Brian mourrait au bureau, dans des circonstances que leur pacte interdisait d'imaginer ; ou bien le barbu accomplissait en ce moment même un attentat-suicide à la valise piégée, et l'Anglais périrait, probablement sur le coup, lors de l'explosion. On pouvait toujours espérer, dans le premier cas, que Brian fût pris d'un accès de "vitalité" susceptible de le détourner de son projet ; dans le second, il n'y avait rien d'autre à attendre qu'un dérèglement du mécanisme détonateur. Sans pouvoir s'en rendre raison, Gabriel penchait plutôt pour la seconde hypothèse, partagé entre l'horreur de circonstance à l'idée des corps déchiquetés, des destins interrompus - cette femme enceinte ! -, l'absurdité et la vacuité de cette violence et la satisfaction calme d'un accomplissement, celle de voir le souhait le plus intime de son ami se réaliser à son insu - car aurait-il seulement le temps de prendre conscience de ce qui, au bout du compte, lui assurerait enfin le bonheur : cette mort dont il ne portait pas la responsabilité, ce suicide par procuration dont il n'aurait même pas chargé un autre que lui d'être le bras ?
Il remonta les escaliers.
La décision fut prise peu avant le premier arrêt que devait effectuer la rame qu'il venait d'emprunter. Enfin, "décision"... La seule chose qu'il avait décidée, c'était de ne pas résister à l'impulsion de tirer le signal d'alarme. Aurait-il attendu quelques secondes de plus que, probablement, il ne se serait jamais retrouvé dans ce tribunal.
Tout s'était enchaîné très vite. La voix du conducteur dans le haut-parleur. Le silence. La même voix dans le microphone, sous la manette rouge. Les râleries émises par cette voix, on croyait avoir affaire à un plaisantin. Le silence. Le redémarrage du métro après quelques minutes d'arrêt et d'autres râleries. La patrouille de contrôleurs sur le quai. Qui a sonné l'alarme ? Son geste discret mais assuré pour se désigner. Pourquoi ? Ses explications embrouillées. Où ça ? La bombe ? dans cette rame ? Non, dans celle qui vient de partir vers Asnières. Tu te fous de ma gueule ? La colère qui monte. Le premier coup porté au visage du contrôleur qui l'avait pris à partie. L'empoignade. Collé au mur. Les flics. Les coups encore. Le ceinturage - le gros flic sentait le sel et la graisse de kébab. Le poste de police. La garde à vue en cellule de dégrisement malgré un alcootest à peine positif. La colère, inutile ici. La camisole suivra, s'était-il dit avant de sombrer enfin, épuisé, vidé par l'effort. Il n'y avait eu aucun appel d'urgence au poste pendant son interrogatoire et sa fouille. Brian agonisait, inconscient, dans son bureau. Lui, serait poursuivi pour outrages et violences envers représentant des forces de l'ordre, et quelques charges annexes. La première chose entendue au réveil : "Le coup de la bombe, c'est pas souvent en ce moment... / Ouais, surtout dans une autre rame !" Rires enroués.
Un bilan psychiatrique négatif acheva de le faire considérer comme un très mauvais farceur doublé d'un affabulateur au tempérament agressif incontrôlé.
*****
L'avocat revint à lui, l'air guilleret.
- Ils vont bientôt reprendre, je pense.
- Comment le savez-vous ?
Maître parut décontenancé par la question.
- Eh bien, ça fait presque 25 minutes, c'est le temps moyen pour...
- "Le temps moyen"...
- Je vous conseille de faire quelques pas avant d'y retourner, sortez prendre l'air dans la cour.
- Je reste ici.
- Comme vous voudrez.
Vu que son client ne ferait pas appel, l'avocat semblait compter impatiemment les secondes qui le séparaient encore du moment où il n'aurait plus à le croiser.
Quand Gabriel avait appelé, vers 11h30, au bureau, il n'était pas tombé, comme à l'habitude, sur la secrétaire. L'associé de Brian lui répondit - elle a pris des RTT, en état de choc, c'est elle qui a trouvé le corps, de l'urine plein la moquette, condoléances. Tout s'était effectivement passé de manière naturelle.
Dans le bus, il se remémora la sentence... "Après délibérations, la Cour condamne mr... à une peine de deux ans de prison avec sursis avec obligation de soins, et une amende" beaucoup trop élevée pour être payée sur le champ. A moins que Béa... Une fois rentré chez lui, il prépara du café et se plongea pendant plusieurs heures dans le dernier ouvrage de Brian, un essai de vulgarisation économique qui avait su, lors de sa parution, trouver son lectorat.
*****
Quinze jours plus tard on réactiva le plan "Vigi-Pirate", la cote d'alerte fut placé d'office au rouge, et un deuil national fut décrété.
La rame était pleine, chose inhabituelle un dimanche soir à 22 heures, mais le trafic ayant été interrompu suite au malaise d'un voyageur à Invalides, les usagers s'étaient accumulés sur le quai de la station Saint-Lazare. Le mode de fabrication de la bombe relevait de l'artisanat. Un des rescapés encore en état de parler évoqua une valise bleue et grise, un homme en complet, une femme enceinte. Il s'avéra assez vite que l'homme victime d'un évanouissement à Invalides participait à l'attentat : l'autopsie devait en effet révéler l'absorbtion d'une dose massive d'Aviocardyl une heure environ avant l'explosion. Le massacre avait dû être soigneusement préparé, longuement répété in situ, minuté.
En refermant le journal, Gabriel se demanda si l'homme à l'ample vêtement sombre était celui qui avait péri ce soir-là, ou s'il n'avait fait que jouer la "doublure".
18.3.09
non pas encore un logo(dia)ry et si pourtant tu as besoin de t'épancher va savoir aujourd'hui donc ce soir tu es rentré ath/ome en essayant d'éviter les vomissures de bière sur le trottoir les cadavres de bouteilles de bières en morceaux tessons on dit sur le trottoir les filles sur le trottoir ça non tu inventes oui/c'est ça d'habiter près d'un stade et pas près d'une gare ou d'un bois mais qui donc déjà t'avait parlé d'un concert de radiohead et de sa sensation de les voir jouer chacun leur partie sans communiquer avec les autres si ce n'est par écran de contrôle ou retour-casque ouais ils se la jouent pas genre trip fusion genre osmose genre tous ensemble ouais ouais ouais chacun fait son taff elle avait dit mais qui donc ? ce ne serait pas cette fille formidable musicienne jusqu'au bout de ses ongles de guitariste et qui vivait parfois en faisant les 3/8 à l'usine non mais ça me fait du bien de penser à elle qui t'a fait découvrir johana newsom exact je lui dois une bonne partie de mes joies en ce bas-monde rien qu'avec deux cd gravés copiés piratés je fus un homme heureux des oreilles/pourquoi tu es parti sur radiohead parce que portishead en ce moment tu rythmes tes écarts entre les vomissures de bière avec strangers de portishead oui version public avec le grand orchestre et les bip et cette ligne de batterie simple et tellement scintillante et c'est l'intro la plus réussie au monde enfin la charnière entre l'intro et le début du chant si si écoute ce passage du binaire au chaloupé du syncopé au souple ça te mettrait en lévitation une armée d'éléphants en blouson cuir clouté/de militants CPT armés à la fois pour la pêche la chasse et la tradition/d'électeurs sarkozystes/de potentats du caïdat/et radiohead dont deux de ses membres ont enregistré au caméscope une version-hommage en chambre d'hôtel de the rip extrait de third visible sur youyoutube/du chinois youyou/arrête c'est sérieux là on n'est pas là pour se gondoler/du latin gondola et coetera mais.pourquoi penses-tu à cette fille formidable ? tu as besoin qu'on te berce qu'on te chante sussurément du johana newsom des histoires de perles et de singes ? p'têt'bien oui en fait pour sûr que cette fille formidable se change en beth gibbons et vienne te dire couche-toi tôt parce que demain je fais les 3/8 ? ça serait bien oui je viens de réaliser que les logo(dia)ry auront sûrement un point à leur fin mais jamais de majuscule à leur début comme qui dirait le nom propre ne le reste jamais longtemps ouais tu l'as déjà faite celle-là bis repetita non placent ça y est on peut y aller ? j'fais les 3/8 moi
17.3.09
16.3.09
Bienvenue en Bretagne

- "Les deux régions de la Bretagne sont la Champagne humide et la Champagne pouilleuse. La Champagne humide est un pays d'étangs et de marées."
- "Notons les pruneaux d'Agen, dont la renommée est mondiale."
- "La Bretagne vote traditionnellement à droite car elle est tournée vers la mer."
- "La Bretagne est de forme triangulaire, par conséquent peu élevée."
- "Les vieilles femmes pratiquent la fabrication du beurre."
- "La Bretagne est aussi une région de poissons fumés."
- "Les côtes bretonnes sont le lieu où sont cachés les trésors des pirates et les Bretons qui sont cupides et avares se battent pour ces trésors."
- "Les Bretons se reposent six mois de l'année."
- "Les côtes bretonnes sont situées au niveau de la mer."
- "La Bretagne forme un bras qui donne dans la Manche."
- "La Bretagne se distingue du reste de la France par sa position au bord de la mer."
- "Les vaches, à cause de la proximité de la mer, donnent du lait salé dont on fait le délicieux beurre breton de pré salé."
- "Les montagnes ont été usées par les invasions des Maures."
- "L'érosion a créé des curiosités telles que menhirs et dolmens."
- "La Bretagne est un pays d'élevage : bovins, oursins."
- "La culture du coton est assez peu développée."
- "La population bretonne n'est actuellement plus rénovée."
- "Le climat chaud permet la culture de la vigne, la Bretagne est en effet célèbre pour le cidre."
- "La Bretagne, selon les Anciens, se serait détachée de l'Amérique il y a plusieurs millions d'années."
- "Dans ce pays, les sabots sont de rigueur."
- "Physiquement, la Bretagne est rattachée à la France par un lien très fragile."
- "Son climat connaît des précipitations telles que la pluie."
- "Les vaches bretonnes produisent du lait."
- "La situation figée de la Bretagne s'explique par son passé celtique."
- "La Bretagne a une structure très originale, de nature physique due aux humains qui la peuplent."
- "La pêche n'est plus au stade artisanal comme chez nous en France."
- "Le massif hercynien a été saboté par l'érosion."
- "Les grands ports bretons sont le Pas-de-Calais qui nous permet d'aller en Angleterre, le Finistère, le Havre. Seule la Somme est navigable.
- "La population de Bretagne diminue parce que tous les pêcheurs meurent en mer."
- "Les problèmes bretons ne sont pas seulement du domaine de la fatalité mais aussi de l'imbécillité des gens qui sillonnent les mers."
- "En se promenant, on peut voir les fameuses femmes bretonnes avec leur chapeau en dentelle et des calvaires qui prouvent que nous sommes dans une région moyen-âgeuse et calcaire."
- "La population bretonne ne se compose que de quelques fermiers."
- "Le bocage breton est formé de haies de cyprès qui protègent les cultures du mistral."
- "La Bretagne est une région pêchière par excellence."
Morale de l'histoire : si tu ranges des perles dans tes mots-valises, tu passes la douane sans rien déclarer.
Autre morale possible : ce n'est pas parce qu'il y a erreur sur le nom qu'il n'y a erreur sur personne.
Prolixe en anecdotes, un professeur de philosophie dépêché à la correction du baccalauréat 1998, année faste s'il en fut, nous rapporta - nous étions 15 à table et l'eau ne coulait que sous les ponts -, à propos d'un sujet traitant de l'irrationnel, l'aphorisme suivant : "Les fantômes, on sait pas mais on sait jamais". Lequel rappelle le plus convenu mais toujours savoureux "Moi j'aime mais faut aimer", en apportant toutefois une dose de scepticisme que le globeur ci-globant préfère de loin à la tyrannie égo-esthético-centriste du second.
Maintenant, quel écriveur un peu honnête n'avouerait pas rêver de produire un jour de telles décharges poétiques ? "La Bretagne est de forme triangulaire, par conséquent peu élevée", ou "En se promenant, on peut voir les fameuses femmes bretonnes avec leur chapeau en dentelle et des calvaires qui prouvent que nous sommes dans une région moyenâgeuse et calcaire", ou encore "La population de Bretagne diminue parce que tous les pêcheurs meurent en mer"... Franchement, comparé à Desnos... En plus, ce fut écrit, selon toute probabilité, dans l'humilité (celle de l'aspirant bachelier), la sobriété et l'abstinence psychotropiques (98, enfin...), l'urgence (2 heures pour l'histoire, 2 pour la géo) ; pas comme ces branleurs surréalistes affalés sur leur canapé de hashishins, morguant la plèbe et se mettant à trois ou quatre pour prendre leur temps d'aligner cinq mots...
Plus qu'une amibe, plus qu'un plat longuement mijoté, je voudrais être une huître.ta mère tu le sais était bretonne
Résister, c'est créer ; créer c'est résister
http://detoutetderiensurtoutderiendailleurs.blogspot.com/2009/03/un-anniversaire-passe-inapercu.html
Cela mérite une oreille et un oeil attentifs...
15.3.09
14.3.09
13.3.09
Reine du silence
Tu prends des poses.
J'ai beau essayer de le voir autrement, cette impression revient toujours : tu prends des poses, comme si des paparazzi te suivaient continûment pour surprendre tes moments d'abandon ; comme si tu étais redevable à quelqu'un de ton être, ton apparaître, ton mouvoir.
Devant moi aussi, et même dans l'intimité de la chambre, tu prends ces poses qui, ailleurs, accrochent le regard des publics que tu croises.
Comme si tu ne devais rien au hasard, tu contrôles et arranges les axes, les vecteurs que forment tes bras, tes épaules, ton cou, ta poitrine - jusqu'à la manière dont tes seins se relâchent sous la blouse. Tu inventes un mouvement parallèle entre l'arête de ton nez et la ligne de ton avant-bras, tu instaures un rigoureux angle droit entre ton menton et le poignet sur lequel il repose.
Toi, tu ne te reposes jamais. Tu voudrais en fait ne plus avoir à dormir, cette corvée dont tu ne maîtrises que les heures extrêmes - le coucher et le lever. Mais tu as trouvé un moyen de t'enrober des draps, qui pourrait faire croire que tu mimes le sommeil et que tu poses pour un peintre, un photographe : c'est tout de même pour toi une satisfaction.
Enfant perpétuelle, tu joues à la statue. Si un écrivain te demandait de poser pour lui, je crois bien que tu accepterais ; ce pourrait être Condillac, biographe statuaire, ce pourrait être Cécile Saint-Laurent, Joyce Oats, peu importe : sa patience justifierait ton application.
Tu passes ton temps à rembourser cette dette, dont nous sommes presque tous affligés, d'avoir des yeux ; car tu l'as bien compris, même si tu ne le formules pas en ces termes : le regard nous oblige. Tu t'arranges d'ailleurs toujours pour que tes yeux ne voient pas qui te regarde. Il y en a encore qui interprètent ce tic comme un défaut de franchise, de loyauté ou de courage, mais c'est juste l'impossibilité profonde de soutenir un regard. Alors, plutôt que de fixer quelqu'un dans le vide, tu regardes ailleurs et crée un nouveau point de fuite.
Tu as horreur des auto-portraits.
C'est pour cela que tu m'as demandé par courrier d'écrire cet article à ta place. Ayant eu vent de mon éviction, tu m'imaginais désoeuvré, disponible pour dresser, à l'issue de quatre ou cinq entretiens, cette "biographie expresse" que te demandait le magazine concurrent de celui qui venait de me remercier. Tu appréciais, écrivais-tu, ma manière de procéder dans les descriptions. L'article, tu te contenteras de le signer.
Pendant que je termine le texte, tu inspectes ma bibliothèque, les objets posés sur les meubles et les rayonnages, puis tu retournes t'asseoir en amazone sur le fauteuil crème - où tu prends la pose.
De temps à autre, puisque je dois en être censé, je lève les yeux vers toi ; je ne te connaissais que de nom, ayant depuis longtemps cessé de fréquenter les cinémas, et ignorais tout du milieu dans lequel tu évolues. Il a fallu que tu m'expliques par le menu les castings, la rareté des rôles, les combines, les rivalités, les amitiés intéressées, les moqueries et les sous-entendus : je savais tout cela par les articles de la presse à sensations auxquels je n'arrive jamais à échapper complètement, mais il y a quelque chose de saisissant dans la manière dont tu évoques ces manigances ; elles acquièrent par ton récit une réalité auquel aucun ragot ne saurait prétendre. D'ailleurs, ton interprète rougit parfois de ton absence de gêne à citer tel nom connu, tel producteur à la réputation pourtant assise, comme si elle avait honte, en te traduisant, de se faire la complice de tes indiscrétions.
Tu t'es proposée à mes mains dès le deuxième entretien. Aujourd'hui, c'est notre dernier rendez-vous, et rien ne justifie que l'on se revoie plus tard. Je tire l'article, le glisse dans une enveloppe et te le remets pour que tu puisses le relire à tête reposée. L'interprète demande, comme à l'habitude, si elle doit nous laisser seuls un moment. Tu lui réponds visiblement que non, aujourd'hui tu vas partir avec elle. Je te reverrai en photo, celle qui accompagnera le "portrait-express", peut-être aussi dans un des films, trop peu nombreux à ton goût, où tu apparaitras. Sur le pas de la porte, tu m'adresses un dernier signe de la main, que l'interprète choisit de ne pas traduire.
(d'après une photo de Henry Clarke)



